mercredi 31 mars 2004
L'initiation pour la visite!
Temp: +11°,
Ramassé: pas de ramasse
Coulé: 4 gallons
Production: 14 cannes de 541ml et préparation pour faire du beurre
d'érable demain
Nous avons fait deux coulages ce matin. Le premier a été mis directement en cannes, et on a transformé le deuxième en beurre d'érable. Pour le moment il passe la nuit enfoui dans la neige, après avoir été cuit à 233°f. Demain matin il sera baratté et mis en boite. Comme la visite nous quittait cet après-midi, ils voulaient absolument voir le barattage du beurre d'érable. Coincidence, c'est ce que les Vonvons faisaient aujourd'hui, ils ont donc décidé d'aller leur payer une visite...
Bien mal leur en pris, car ils subirent la traditionelle initiation de la cabane à sucre. Le "beurrage" à la suie... Ils s'en souviendront longtemps de leur visite sur notre Isle... Comme la température était chaude et qu'il a à peine gelé la nuit passée, ça n'a pas vraiment coulé aujourd'hui. On a donc décidé d'attendre à demain pour courir les érables.
Un pont pour les Vonvons


Même si notre petite chute semble encore dormir, il ne faut jamais oublier le proverbe: "Méfiez-vous de l'eau qui dort!". Les Vonvons l'ont appris à leurs dépens... Il a fallu l'aide d'un gros gros tracteur pour sortir de sa fâcheuse situation, un petit petit jeep... Pas de blessé, si ce n'est l'amour propre de Julien... De cet incident un énorme projet est né pour l'été prochain. À côté de ce qui s'en vient, le pont de Québec, c'est de la petite bière...
mardi 30 mars 2004
La production commence sérieusement
Temp: +10°,
Ramassé: 1¾ tonne
Coulé: 4 gallons
Production: 35 cannes de 541ml et mis en boite 36 contenants de tire
250ml avec le sirop d'hier.


Sous l'oeil attentif d'Albert, venu me rendre visite, j'entreprend de mettre en canne le sirop que l'on vient de couler. En tout on va couler 2 fois deux gallons de sirop aujourd'hui et sur le poêle de cuisine au bois, on va transformer le sirop d'hier en tire d'érable.
Suzanne et Liane vont mettre cette belle tire dans des petits contenants de plastiques.


Sur l'heure du dîner, quand la température collabore comme aujourd'hui, rien de mieux qu'une pause pour manger de la tire d'érable sur la neige en regardant le fleuve. Par contre, peu après il fallait couler de nouveau et plus tard courir nos érables... Claude avait décidé de tenter l'expérience de courir sans raquettes! Il va se coucher fatigué ce soir...
lundi 29 mars 2004
C'est du sirop d'érable, pas de la cassonnade...
Temp: +8°,
Ramassé: 1½ tonne
Coulé: 2¾ gallons

Après bien des pleurs et des grincements de dents, la première coulée a enfin eu lieu. C'est la culmination de deux années d'efforts. Mais le chemin a été semé d'embuches.. Encore aujourd'hui, je recevais des appels sur le cellulaire de quelques autres exploitants pour me tirer la pipe, Pis-toi Georges, comment de sirop as-tu fait ???? Nous autres on en a tant de produit... Es-tu sûr que tu sais comment chauffer ton évaporateur ??? As-tu appris à faire des feux chez les scouts? Si tu veux on peux te vendre du sirop pas trop cher... Mais avec mon calme olympien habituel, je répondais toujours, la qualité ça prend du temps...
Finalement avec l'aide de Christian et Jean-Yves, qui font les sucres à la cabane de Jacques-André (notre maire). nous avons réussi à faire notre première coulée. On était pas mal fier!!! Avec nos amis Liane et Claude, pour terminer un bon souper, on s'est offert une bonne tarte aux pommes de l'Isle-aux-Grues, (recette secrète) arrosée de sirop d'érable frais et encore chaud! Ya pas mieux chez Maxim's à Paris, j'en suis convaincu.
dimanche 28 mars 2004
Les Sucres commencent pour vrai
Temp: +7°, Venteux (NE)
Ramassé: 1¼ tonne

Hier soir Suzanne et moi avons couché à la cabane à sucre. Matelot notre labrador, un peu insécure a du sauter sur le lit au moins 30 fois pour se coller contre nous... on n'a pas tellement bien dormi...
Ce matin dès 07h30, sous un soleil radieux, les érables avaient commencé à couler. Dans notre tête, les sucres commencent vraiment aujourd'hui. Comme nous étions invité pour dîner à l'érablière du Fleuve, de Simon et Albert, J'ai voulu prendre de l'avance et j'ai commencé à faire ma tournée des érables vers 10h00. Grosse erreur, j'ai du tout refaire la tournée de toute façon vers 15h00. Le dîner fut très agréable, on a bien ri et bien mangé. Nos amis de Montréal qui ont une maison sur l'Isle y étaient ainsi que trois de mes soeurs adoptives insulaires! (Une longue histoire...)
Nous sommes retournés à notre cabane pour faire la tournée des érables à 15h00, et à 17:00 j'allumais l'évaporateur. On a bouilli jusqu'à 20:30 et on reprendra demain. On devrait être bon pour finir du produit dans la journée de demain, à moins qu'un pépin nous arrive...
samedi 27 mars 2004
On bouille, on bouille!
Temp: +6°,

Aussi excités que nous pouvions l'être lors de la journée d'hier, parce qu'on avait couru les érables pour la première fois, « l'excitomètre » a monté d'un cran aujourd'hui, car j'avais décidé de partir le champion…
Première crise, majeure à survenir, quand j'ai rempli l'évaporateur d'eau d'érable, la flotte qui contrôle le niveau d'eau ne fonctionnait pas bien, l'eau continuait de monter sans arrêt. J'ai du appeler à l'aide mon ami Albert, qui exploite l'Érablière du Fleuve avec Simon un peu plus au nordet. Je crois qu'il se doutait qu'il allait recevoir un appel de moi aujourd'hui… Il est venu sans tarder, il a tout démonté, changé les "gaskets", donné quelques petits coups de lime et j'ai recommencé à respirer. Une fois tout revenu à la normale, Albert m'a aidé pour partir l'évaporateur et faire tout les réglages nécessaires. Sa seule récompense, me voir heureux et ... un gin chaud… je ne suis pas tout à fait sûr lequel des deux lui a fait le plus plaisir!

Le plaisir n'aura pas duré très longtemps… On a eu assez d'eau pour bouillir environ 3 heures, pas plus. Pas de sirop aujourd'hui. Il fait un temps magnifique, mais comme il n'a pas gelé la nuit dernière, ça ne coule pas fort. La situation est à peu près la même dans les autres érablières de l'Isle.
La neige est très molle, c'est difficile de circuler dans le bois, on a besoin de raquettes tout le temps. Même la motoneige en arrache un peu.
Les sceptiques seront confondus comme dirait un autre capitaine, notre quatre-roues auquel on a rajouté des chenilles, lui, se débrouille très bien merci!
vendredi 26 mars 2004
Enfin on courre les érables
Temp: +6°, Brouillard
Ramassé: ¾ de tonne


Malgré le brouillard intense, quel plaisir de voir enfin de l'eau dans nos chaudières! On va pouvoir courir les érables... Pendant la matinée, j'ai de la misère à rester en place dans la cabane. À toutes les 30 minutes je dois sortir et je m'empresse de vérifier quelques chaudières pour voir si ça monte. Juste de se promener dans le silence du boisée et d'entendre le bruit des gouttes qui tombent dans les chaudières est une symphonie à mes oreilles. Le moment tant attendu est arrivé. Enfin on va devenir des sucriers... Après le dîner, Suzanne fait sa petite sieste habituelle. J'en profite pour aller voir mes voisins les Vonvons, histoire de discuter stratégie... Inutile de vous dire que le niveau d'excitation et de trépidation est un tantinet moins élevé à leur cabane que chez nous... Pour eux ce n'est pas la première fois...
La première eau ramassée par les tubulures doit être jetée, car elle sert au dernier rinçage des tuyaux . Mais très vite ils auront une longueur d'avance sur nous, car la tubulure permet de ramasser beaucoup plus d'eau que les chaudières. Normalement les érablières équipées comme la leur, commenceront à ramasser avant celles sur chaudières.
On voit que nous en sommes encore au préliminaires, car personne n'a encore commencé à bouillir. Les gens se visitent d'une cabane à l'autre. On n'aura pas le temps de faire cela dans quelques jours...
Vers 15h00, Suzanne et moi commençons à courir les érables, notre récolte sera mince, mais riche à nos yeux, ¾ de tonne... C'est quoi une tonne? Question métaphysique s'il en est une... Une tonne c'est 2 barils normaux, communément appelés 45 gallons... Comme tout le monde ramasse avec des barils de 45 gallons, on pourrait selon moi dire "Aujourd'hui j'ai récolté un baril et demi" Pas du tout!!! Aussi bien dire que le Pape est protestant... Dans les cabane à sucre on mesure en tonnes! Pourquoi? cela semble être très mystérieux... Mais ce n'est pas moi qui va me risquer à bouleverser la tradition...
Le brouillard, le bonheur des petits débrouillards!

Normalement, notre routine de tous les jours est ponctuée par les ronronnements de l'avion qui assure la liaison entre l'Isle et Montmagny. C'est comme une horloge, 07h40, vol des élèves du primaire, 08h10, celui du secondaire et 08h30, vol régulier pour les insulaires. Même chose l'après-midi, 15h30, 16h20 et 16h30. En plus, les lundi, mercredi et vendredi à 10h00, c'est le vol de la poste.
Toute dérogation à ces heures, signifie un vol spécial… Comme par exemple le vétérinaire pour les vaches des producteurs laitiers, ou pis encore quelqu'un de malade qui doit être évacué d'urgence vers l'hôpital de Montmagny. C'est assez pour provoquer un véritable exode vers le petit aéroport pour voir ce qui se passe.
La fiabilité d'Air Montmagny est excellente, rares sont les jours où l'avion ne peut pas être au rendez-vous… Mais, quand le verglas ou la brume épaisse nous paie une visite, tel qu'il se doit, la sécurité prévaut et les vols doivent être annulés. Les enfants de l'Isle sont sans doute les seuls au pays qui ont le privilège de se rendre à l'école matin et soir en avion.
Aujourd'hui le brouillard a donné un congé inattendu à nos petits débrouillards. Ils en sont bien heureux. Peut-être viendront-ils nous donner un coup de main pour ramasser l'eau d'érable...
jeudi 25 mars 2004
Après les Bougons, les Vonvons...
Temp: +2°

Plusieurs cabanes à sucre enrichissent l'Isle, 9 en tout. Pour une population en hiver de 103 résidents permanents, c'est une bonne moyenne. Mes voisins immédiats au suroît sont affectueusement surnommés les Vonvons. Les deux grands amis de toujours, Yvon Roy et Julien Vézina, exploitent La Siamoise une cabane à sucre de plus de 2000 entailles. Mille chez Yvon, sur tubulures tout près de la cabane et mille autres sur la terre à Julien, environ un kilomètre au nordet. Les deux ont commencé à faire les sucres avec leur pères et grand-pères respectifs il y a plus de 50 ans.
Quand Yvon m'a dit hier qu'il prévoyait recueillir assez d'eau jeudi pour allumer son "Champion" dans la soirée, j'étais rempli d'allégresse et d'espoir. Comment ces gens qui en ont plus oublié sur l'art des sucres que je ne réussirai jamais à en apprendre, pouvaient-ils se tromper???
Au petit matin j'étais à notre cabane à surveiller mes chalumeaux pour surprendre la moindre goutte... Rien... Grosse déception, c'est plus chaud, mais il fait gris et il mouillasse. Ça ne coule pas!
J'ai vite pris le chemin du bord de l'eau pour aller exprimer mon désarroi à mes voisins! Lucie la femme de Julien se contenta de lever les yeux au ciel et de me dire: Voyons mon petit gars, tu devrais les connaître, y sont comme des enfants, y ont aussi hâte que toi.
Pendant ce temps, les Vonvons au lieu de faire chauffer leur "Champion", réparent leur antenne de télévision, sans doute pour écouter Météomédia...
mercredi 24 mars 2004
Matelot le bienheureux
Temp: -2°


La nuit nous avait laissé un bon 3 centimètres de neige, que le soleil a pris quelques heures et beaucoup d'effort à faire fondre sur les couverts exposés à ses rayons. Un fois l'heure du dîner passée, le métal des chaudières était assez réchauffé pour me permettre de jeter les 300 blocs de glace de différentes grosseur, accumulés depuis 3 jours. Matelot s'est fait un devoir de me suivre pas à pas pour tester lui-même le degré de sucre dans chacun de ces blocs. Il s'y est donné à coeur joie, croquant allègrement tout ce que je rejetais. Comme on annonce plus chaud pour demain, il va surement être bien déçu de me voir récolter toute cet eau et ne rien lui laisser.